Il fallait bien une page quelque part sur internet pour dire à notre sœur à quel point on l'aime. La voilà. En vert émeraude, évidemment, et avec des orques.
Le corps qui fait des choses que le nôtre ne fera jamais, et l'air de rien en plus. On a arrêté d'essayer de comprendre, on regarde et on applaudit.
Il y a ceux qui parlent de faire des trucs, et il y a toi qui les fais. Et quand c'est fait, c'est toujours plus grand que ce qu'on avait imaginé.
Tu dis les choses comme elles sont, sans emballage. C'est brut, parfois ça décoiffe, et c'est exactement pour ça qu'on te croit. On ne choisit pas sa sœur. On a quand même eu de la chance.
Ce n'est pas un caprice, c'est une ligne de conduite. On a essayé de proposer autre chose, une fois. Une seule.
En direct de la Sardaigne
Voilà. C'est exactement cette tête là qu'on avait en tête en écrivant tout le reste.
Le sourire, la mer derrière, un verre pas loin. On aurait pu écrire trois paragraphes de plus, la photo les disait déjà tous.
On a regardé ce qu'on savait vraiment d'elles. Il se trouve que tout ce qu'on a trouvé te ressemble, et on n'a rien eu besoin d'inventer.
Un groupe d'orques est une matrilignée : c'est la plus âgée qui guide, qui sait où est la nourriture et qui décide où le clan va. Personne ne conteste. Ça nous a rappelé quelqu'un.
Chez les orques résidentes, les petits restent avec leur mère toute leur vie. Toute. Leur. Vie. C'est l'un des liens les plus solides du règne animal, et c'est assez exactement ta façon d'aimer les gens.
Les groupes ont des dialectes distincts, transmis de génération en génération. On reconnaît une famille à sa façon de parler. Toi aussi on te reconnaît à trois mots, et c'est un compliment.
Il y a des gens qu'on est content de connaître,
et il y a des gens dont on se dit
qu'on a eu de la chance.
Tu es de la deuxième catégorie.
Alors voilà, ce n'est qu'une page. Elle ne fait rien d'utile, elle ne vend rien, elle n'a même pas de bouton. Elle est juste là, en vert émeraude, avec des orques qui tournent en rond, pour dire une chose simple qu'on ne dit jamais assez.